Extraits de « saison de fièvre »
de Anna Istaru
Editions de La Différence
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L automne
J. REDA
Ah je le reconnais, c’est déjà le souffle d’automne
Errant, qui du fond des forêts propage son tonnerre
En silence et désempare les vergers trop lourds ;
Ce vent grave qui nous ressemble et parle notre langue
Où chante à mi-voix un désastre.
Offrons-lui le déclin
Des roses, le charroi d’odeurs qui verse lentement
Dans la vallée, et la strophe d’oiseaux qu’il dénoue
Au creux de la chaleur où nous avons dormi.
Ce soir,
Longtemps fermé dans son éclat, le ciel grandi se détache,
Entraînant l’horizon de sa voile qui penche ; et le bleu
Qui fut notre seuil coutumier s’éloigne à longues enjambées
Par les replis du val ouvert à la lecture de la pluie
Le bracelet perdu
J. REDA
Maintenant je reviens en arrière avec vous,
Cherchant des yeux ce bracelet dans la poussière.
Par un midi si dur que la lumière semble
Elle-même se dévorer, bientôt absente
En son vaste brasier qui se volatilise.
Et vous,
Qui vous agenouillez dans l’herbe blanche et les cailloux.
Votre profil, perdu sous l’horizon de vent qui nous entoure,
Fait de ce chemin creux une barque en dérive
Où nous serons ensemble à jamais maintenant.
Oubliés par le temps que la grandeur du jour immobilise.
Tandis que le sang bat à votre poignet nu.
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Dans la nuit
Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
A la nuit sans limites
A la nuit.
Mienne, belle, mienne.
Nuit
Nuit de naissance
Qui m’emplis de mon cri
De mes épis
Toi qui m’envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fume, es fort dense
Et mugis
Es la nuit
Nuit qui gît,
Nuit implacable.
Et sa fanfare, et sa plage,
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie
Sous lui
Sous lui, sous plus ténu qu’un fil,
Sous la nuit
La Nuit.
Henri Michaux
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(extrait de « Le pain de pierre » Eds J. Brémond )
Trop plein des regards et le nôtre pointé.
Sur le banc pèse tout ce que chacun apporte.
Bientôt l’entière disgrâce des vaincus remue dans
la poche commune.
Des lâchés de paroles ! Me voici prise au piège
d’obscures promesses !
Comme le silence taillé à coups de talons.
J’essaie des mots. Te les dire très vite avant de
nous retrouver seuls, chacun perdu dans une
chambre sans écho.
Entre deux cailloux, j’écrase les grains de blé.
Dans la pincée de froment renaît l’odeur de
boulange des villages quand la longue pelle
envoyait les miches dans le fournil de pierre.
Planter ces grains. M’enfouir dans leur silence
fertile. Germer comme on se recueille.
Au bord des chaumes, la rugueuse chicorée offre
sa délicate mie bleue.
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Therèse Plantier
(tirés de La Portentule, Eds Saint-Germain-des-Pré)
Réveil – Hallali
Je ne suis pas en retard ce matin
pour m’accouder aux fenêtres
où se balance un alcarazas
à travers les tas d’orgie pourrie
germent les corbeaux dans les champs
les feuilles du mûrier se jettent à ma tête
l’irruption soudain d’un fleuve à l’orée du tunnel
par où fuit le motocycliste hier soir à la télé
– jamais le temps de transcrire ses rêves –
le choc des pieuvres dans le ciel
voyons c’est autre chose que je cherche
un cimetière miraculé sans aucun doute
car la mort vient avant la dernière décharge
on se dit qu’on peut lâcher tout
et monter en ballon
et mourir proprement
aidée du révolver à trouer les nuages
afin d’obtenir cette commodité
Larmes
On entend le bruit du sang
lorsque tombent les larmes
on entend capoter une forêt au fond
de chaque oreille
et dans les os broyés
on entend le creux
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Et quelques autres