Lectures du mois

Extraits de « saison de fièvre »

de Anna Istaru

Editions de La Différence

______________________________

L automne

J. REDA

Ah je le reconnais, c’est déjà le souffle d’automne
Errant, qui du fond des forêts propage son tonnerre
En silence et désempare les vergers trop lourds ;
Ce vent grave qui nous ressemble et parle notre langue
Où chante à mi-voix un désastre.

Offrons-lui le déclin
Des roses, le charroi d’odeurs qui verse lentement
Dans la vallée, et la strophe d’oiseaux qu’il dénoue
Au creux de la chaleur où nous avons dormi.

Ce soir,
Longtemps fermé dans son éclat, le ciel grandi se détache,
Entraînant l’horizon de sa voile qui penche ; et le bleu
Qui fut notre seuil coutumier s’éloigne à longues enjambées
Par les replis du val ouvert à la lecture de la pluie

Le bracelet perdu

J. REDA

Maintenant je reviens en arrière avec vous,
Cherchant des yeux ce bracelet dans la poussière.
Par un midi si dur que la lumière semble
Elle-même se dévorer, bientôt absente
En son vaste brasier qui se volatilise.

Et vous,
Qui vous agenouillez dans l’herbe blanche et les cailloux.
Votre profil, perdu sous l’horizon de vent qui nous entoure,
Fait de ce chemin creux une barque en dérive
Où nous serons ensemble à jamais maintenant.
Oubliés par le temps que la grandeur du jour immobilise.
Tandis que le sang bat à votre poignet nu.

_____________________

Dans la nuit

Dans la nuit

Je me suis uni à la nuit

A la nuit sans limites

A la nuit.

Mienne, belle, mienne.

Nuit

Nuit de naissance

Qui m’emplis de mon cri

De mes épis

Toi qui m’envahis

Qui fais houle houle

Qui fais houle tout autour

Et fume, es fort dense

Et mugis

Es la nuit

Nuit qui gît,


Nuit implacable.

Et sa fanfare, et sa plage,

Sa plage en haut, sa plage partout,

Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie

Sous lui
Sous lui, sous plus ténu qu’un fil,
Sous la nuit
La
Nuit.

Henri Michaux

_____________________

(extrait de « Le pain de pierre »  Eds J. Brémond )

Trop plein des regards et le nôtre pointé.

Sur le banc pèse tout ce que chacun apporte.

Bientôt l’entière disgrâce des vaincus remue dans

la poche commune.

Des lâchés de paroles ! Me voici prise au piège

d’obscures promesses !

Comme le silence taillé à coups de talons.

J’essaie des mots. Te les dire très vite avant de

nous retrouver seuls, chacun perdu dans une 

chambre sans écho.

Entre deux cailloux, j’écrase les grains de blé.

Dans la pincée de froment renaît l’odeur de

boulange des villages quand la longue pelle

envoyait les miches dans le fournil de pierre.

Planter ces grains. M’enfouir dans leur silence

fertile. Germer comme on se recueille.

Au bord des chaumes, la rugueuse chicorée offre

sa délicate mie bleue.

________________________

Therèse Plantier

(tirés de La Portentule,  Eds Saint-Germain-des-Pré)

Réveil  –  Hallali

Je ne suis pas en retard ce matin

pour m’accouder aux fenêtres

où se balance un alcarazas

à travers les tas d’orgie pourrie

germent les corbeaux dans les champs

les feuilles du mûrier se jettent à ma tête

l’irruption soudain d’un fleuve à l’orée du tunnel

par où fuit le motocycliste hier soir à la télé

–  jamais le temps de transcrire ses rêves  –

le choc des pieuvres dans le ciel

voyons c’est autre chose que je cherche

un cimetière miraculé sans aucun doute

car la mort vient avant la dernière décharge

on se dit qu’on peut lâcher tout 

et monter en ballon

et mourir proprement

aidée du révolver à trouer les nuages

afin d’obtenir cette commodité 

Larmes

On entend le bruit du sang

lorsque tombent les larmes

on entend capoter une forêt au fond

de chaque oreille

et dans les os broyés

on entend le creux

******

Et quelques autres